Zoom sur la lutte contre le décrochage scolaire, avec Odyssée

Selon les derniers chiffres, près de 20 000 élèves seraient déjà en situation de décrochage scolaire en Belgique, trois mois seulement après la rentrée. L’occasion pour Be education de faire le point sur cette problématique en donnant la parole à Odyssée, une ASBL membre du réseau et experte sur la question.

 

Depuis plus de 20 ans, l’association accompagne des ados de 12 à 24 ans en décrochage scolaire en les incitant à se remettre en projet. Grâce à une approche concrète basée sur la motivation globale, Odyssée veille à redonner confiance aux jeunes et à leur permettre de (re-)devenir acteur de leur propre avenir, en dépit de leur origine, de leur statut social, de leur handicap ou de leur situation familiale. Pour relever le défi, il faut avoir les épaules solides, et ça tombe bien, l’équipe d’Odyssée est bien déterminée à faire bouger les lignes. Rencontre avec Catherine Sztencel, directrice de l’association.

 

C’est un mardi matin et nous passons la porte des nouveaux bureaux de l’ASBL Odyssée, à quelques pas seulement des bureaux de Be education. A notre gauche, Nicolas, intervenant, s’occupe d’accueillir et de former plusieurs stagiaires en prévision des ateliers à animer. Les visages sont souriants, l’ambiance conviviale, à l’image de l’équipe.  A notre droite, Catherine,  directrice, penchée sur sa tablette, semble concentrée. C’est avec elle que nous avons rendez-vous, car difficile de parler d’Odyssée, sans parler de Catherine, et vice versa.

 

Les débuts de l’Odyssée

Peut-on passer d’une carrière d’architecte à celle d’experte en décrochage scolaire ? Pour Catherine Sztencel, aucun doute, la réponse est positive. Mais, comment ? Eh bien, ça, c’est une autre histoire !

 

C’est en 2000 que débute l’histoire de l’ASBL Odyssée, en parallèle de la création du dispositif d’accrochage scolaire (DAS). Après s’être rendu compte du mal-être de nombreux jeunes et des liens avec la problématique du décrochage, Nicolas Roubaud, le fondateur, lance un projet pilote dans plusieurs écoles : accompagnement individuel des élèves, création d’un dialogue avec les parents, sensibilisation des équipes éducatives… La méthode Odyssée en est à ses balbutiements.

 

De son côté, à la même époque, Catherine Sztencel, elle, est architecte. En dehors de son travail, elle vit néanmoins au contact de nombreux jeunes en rupture avec leur famille ou la société. Ces jeunes lui permettent de tirer deux constats majeurs, qui marqueront ensuite le début de son engagement contre le décrochage. D’une part, les problématiques des jeunes sont souvent directement liées à leur milieu social, à leurs origines et à leur situation familiale. D’autre part, le degré de soin et d’attention qu’on leur accorde impacte, positivement ou non, la gravité de leur situation.

 

En leur consacrant du temps, en les écoutant, en suscitant leur curiosité, en accueillant leurs émotions, elle observe qu’une issue favorable reste possible.

 

Nicolas et Catherine, tous deux intéressés par l’accompagnement des jeunes, se rencontrent au cours d’une formation et le duo se crée instantanément. De fil en aiguille, leur collaboration permet d’affiner la méthode Odyssée divisée en cinq étapes, qui fait notamment l’objet d’un livre rédigé à quatre mains.

 

Décrochage scolaire et inégalités

Après avoir repris les rênes de l’ASBL, Catherine continue de tendre la main aux ados qui en avaient besoin : «  J’ai eu le sentiment qu’on pouvait avoir de la chance, mais aussi qu’au plus tu venais d’un milieu défavorisé, au plus tu étais foutu·e ; au plus tu venais d’un milieu immigré, au plus tu étais foutu·e ; au plus tu étais une femme dans certaines sections, au moins tu avais de chances de réussir ; au plus tes parents n’avaient pas fait d’études, au moins ça marchait pour toi. Donc à un moment, il y a un certain pourcentage de jeunes dont on ne s’occupe plus du tout, surtout s’ils « cumulent » plusieurs critères. Et ça, pour moi, c’est d’une injustice folle. »

 

Le décrochage scolaire, la partie visible de l’iceberg

La problématique du décrochage scolaire est multifactorielle, pourtant on a souvent tendance à ne pas considérer la situation dans son ensemble. Un jeune qui est malade, qui manque systématiquement les mêmes jours d’école, qui s’ennuie… ce sont autant de signes précurseurs d’une rupture scolaire qui doivent pouvoir alerter.

 

Du côté des causes, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les mauvais résultats scolaires sont rarement la première explication derrière une situation de décrochage. L’anxiété et le stress – souvent causés par du harcèlement scolaire -, les mauvaises relations avec les adultes, une orientation scolaire inadaptée ou encore la parentalité sont le plus souvent à l’origine de cette problématique qui concerne des milliers d’élèves en Belgique.

 

L’écoute et la confiance, des éléments clés

Par ailleurs, la directrice le souligne à plusieurs reprises : « Un jeune qui a des comportements inadéquats est un jeune qui tire une sonnette d’alarme. Il ne le fait pas par plaisir d’embêter les adultes. Il le fait car il n’a pas trouvé d’autres moyens de les alerter. Il nous dit quelque chose, mais personne ne l’écoute, car il dérange. La spirale du décrochage va très vite et c’est très difficile de s’en défaire tout seul, encore moins si personne ne nous aide. » 

 

Mais comment réagir face à une telle situation ? Offrir une écoute attentive, ouvrir le dialogue, miser sur la confiance ou encore proposer un cadre rassurant, c’est déjà proposer de l’aide. En outre, le décrochage scolaire étant un problème systémique, sa résolution dépend avant tout de la formation de tous les adultes en contact avec ces jeunes : les médecins, les équipes pédagogiques, les parents, les éducateur·rices…

 

De la rupture scolaire à la mise en projet grâce à Odyssée

Malheureusement, la rupture scolaire peut vite se transformer en une spirale infernale. Comme l’indique Catherine « quand on décroche de l’école, on décroche de tout ».  C’est pourquoi, l’équipe d’Odyssée propose aux jeunes qu’elle accompagne de retrouver le plaisir d’apprendre ou de faire et les sensibilise au rôle qu’elles et ils peuvent occuper dans la société d’aujourd’hui et de demain. 

 

Aujourd’hui, l’ASBL propose des ateliers, des formations, des conférences ou encore des rencontres individuelles afin d’aider les jeunes en décrochage. Autre particularité, des jeunes ayant eux-mêmes vécu un décrochage accompagnent les intervenant·es lors des ateliers, c’est donc une méthode « par et pour les jeunes ».

 

Une méthode qui fait ses preuves, puisque près de 80% des jeunes qui croisent le chemin de l’association s’investissent dans un projet scolaire ou professionnel à la fin de leur accompagnement. Un taux de réussite qui peut d’ailleurs aller jusqu’à 90% chez les élèves ayant moins de 20 jours d’absence au moment du signalement. Pour la directrice de l’association, cet impact positif s’explique en grande partie par la qualité du travail de son équipe et de sa détermination à tendre la main à ces jeunes en manque de repères.

 

Et aujourd’hui ?

Accompagner au quotidien des jeunes en rupture scolaire, ce n’est pas rose tous les jours, mais Catherine nous l’assure, l’envie de poursuivre ne l’a jamais quittée. À la question de savoir si elle constate des évolutions positives en matière de décrochage depuis le début de sa carrière, la réponse ne se fait pas attendre : « La route est encore longue ! » Néanmoins, elle sent également que l’intérêt pour cette cause grandit de plus en plus et que le sujet semble véritablement pris au sérieux. 

 

L’expertise d’Odyssée devient toujours plus sollicitée et reconnue. Elle poursuit « Avec nos conférences, nos formations, nos accompagnements, il arrive aussi que les personnes qu’on rencontre reviennent vers nous avec des retours d’expérience, toujours animées par l’envie de bien faire. J’ai l’impression qu’on commence à faire des petits, à planter des graines, et ça c’est super chouette. »

 

Un grand merci à Catherine Sztencel pour cet entretien ! 

 

Envie d’en savoir plus sur le travail de l’ASBL Odyssée ? Toutes les informations sont disponibles directement sur leur site.