Repeindre des locaux, encoder des points, seconder le service comptabilité de l’école, soutenir un groupe d’élèves lors d’un atelier lecture… Il existe de nombreuses manières d’aider concrètement une école et son public, et ça, les Aidants Bénévoles Scolaires (ABS) l’ont bien compris.
Depuis 2023, l’ASBL fait le lien entre, d’un côté, des citoyens et des citoyennes souhaitant s’investir bénévolement dans diverses missions, et de l’autre, des écoles à la recherche d’un petit coup de pouce. L’objectif ? Inculquer et structurer la culture du bénévolat au sein des établissements scolaires pour mettre en place des solutions 100 % concrètes et qualitatives, directement au cœur des écoles, tout au long de l’année.
En utilisant les talents et les compétences – manuelles, pédagogiques ou encore éducatives – représentés dans l’environnement proche des écoles, les ABS les renforcent dans leur quotidien, favorisent un climat scolaire plus serein pour les élèves et les équipes éducatives et développent la coopération entre les acteurs d’une même localité. Bref, c’est du gagnant-gagnant.
Retour sur notre rencontre avec Guénola de Lhoneux, coordinatrice des Aidants Bénévoles Scolaires.
Bonjour Guénola, merci d’avoir accepté cette interview. Pourrais-tu nous expliquer la genèse du projet ? Comment passe-t-on d’une idée à la création d’une association ?
Avant de créer les ABS, je travaillais déjà au contact des écoles en tant que conseillère de soutien et d’accompagnement et j’ai ensuite rejoint un pouvoir organisateur, pour lequel j’étais responsable d’une trentaine d’écoles à Bruxelles.
Sur le terrain, le constat des besoins de renfort dans les écoles était évident: les équipes éducatives n’ont pas toujours l’espace ou le temps pour trouver de nouvelles solutions à leurs défis. L’intuition de départ, c’était “il doit forcément y avoir des personnes, dans la société, autour de chaque école, qui, à un moment donné dans leur vie, disposent d’un peu de temps à mettre au service d’un projet. Pourquoi ne pas alors proposer son aide dans les écoles ? Et en même temps, est-ce que les écoles sont en capacité de pouvoir les accueillir de manière active ?”
Pendant un an, j’ai mis sur pied un projet-pilote dans lequel j’ai accompagné six écoles dans leur recrutement de bénévoles, dans l’identification de leurs besoins et dans la mise en place d’une structure qui permet d’accueillir ces ressources. Ça a permis de mettre en lumière des points de réflexion, mais également d’identifier très clairement les éléments dans les écoles qui favorisent la collaboration avec des bénévoles ainsi que l’impact positif et l’énergie que ça peut prendre à une école de mettre en place des collaborations.
Pourrais-tu nous donner quelques exemples de missions et de profils bénévoles ?
Chez les ABS, rien n’est imposé à personne. On commence toujours par recueillir ce que le bénévole a envie de faire auprès d’une école.
Il existe des profils de bénévoles très variés et des missions très différentes, face classe, par exemple, aider un élève à besoin spécifique lors d’une leçon ou soutenir l’enseignant dans la gestion de classe. Mais tu peux aussi t’impliquer dans la gestion administrative de l’école, dans l’entretien ou la mise à neuf des bâtiments ou encore dans l’organisation de la bibliothèque, par exemple.
En termes de profils, actuellement, environ 60 % de nos bénévoles sont des personnes à la retraite et 40 % sont des personnes en forte disponibilité temporelle pour des raisons différentes (sans emploi, en arrêt maladie, des étudiants, des parents au foyer, etc.).
Quelles sont les modalités à remplir pour devenir bénévole auprès des ABS ?
Le bénévole doit se rendre disponible quelques heures par semaine dans une école, et ce jusqu’à la fin de l’année scolaire en cours – peu importe que l’intégration ait lieu en septembre ou en avril.
Rejoindre notre réseau de bénévoles s’effectue facilement et en plusieurs étapes. D’abord, il faut remplir un formulaire sur notre site, qui sera examiné par notre équipe. Une rencontre entre le candidat et notre équipe sera proposée ensuite. Si tout est validé, alors le bénévole suit une formation en ligne qui dure 1h30 sur la posture bénévole en contexte scolaire en FWB, une session qui permet de donner déjà quelques trucs et astuces et d’amorcer certains sujets.
Il faut enfin fournir un extrait de casier judiciaire et signer la charte des ABS, un document qui reprend les valeurs et les engagements que nous portons dans cette dimension d’engagement.
Comment se passe le placement du bénévole dans une école ?
Une fois qu’on accueille un nouveau bénévole scolaire, on va l’orienter vers nos écoles partenaires, c’est-à-dire des écoles que nous accompagnons, formées dans l’accueil de bénévoles, et prioritairement dans une école avec un indice socioéconomique faible.
Chez nous, c’est Valentine qui se charge de décrire le type de mission qui pourrait être proposée dans les écoles au moment du recrutement. Le bénévole va donc déjà identifier ce qu’il voudrait faire ou non, et en fonction de ça, on va lui proposer une mission. Évidemment, ce n’est pas parce qu’on propose un profil bénévole à une école que l’école est obligée de l’accepter.
Quelle est la première source de motivation qui pousse des personnes à rejoindre votre projet ?
Ce sont très souvent les mêmes raisons: soutenir les écoles, faire partie d’une communauté et se rendre utile dans une mission qui fait sens pour eux.
Comment accompagnez-vous les bénévoles dans leur mission ?
Avant d’accueillir un bénévole, les écoles partenaires reçoivent un encadrement de la part des ABS afin qu’elles soient autonomes dans leur propre recrutement et dans le soin et l’accompagnement envers les bénévoles.
Cependant, tout au long de l’année, les ABS proposent aux bénévoles de suivre des formations continues et gratuites en lien avec leur mission ainsi que des temps de rencontre et d’échanges sur l’engagement citoyen dans les écoles. Ces rencontres créent un espace en dehors de l’école où les bénévoles peuvent faire connaissance dans un autre contexte.
Que dirais-tu à quelqu’un qui hésite à s’inscrire en tant que bénévole ?
Rejoindre les ABS, c’est avant tout une aventure humaine. C’est également l’occasion de découvrir et de soutenir le fonctionnement d’une école. Un retour que nos bénévoles nous font souvent, c’est de dire qu’ils reçoivent plus que ce qu’ils ne donnent.
Aujourd’hui, l’enseignement fait face à de nombreux défis. L’une des forces de votre projet, c’est que vous proposez une aide directe, concrète, au cœur des écoles et sur le long terme.
Lorsqu’un bénévole effectue une mission en classe, au-delà même du cœur de sa mission, pour le professeur, c’est une paire d’yeux et de bras en plus, et souvent, ça permet déjà de faire la différence. En fait, dans un contexte de réforme, de pression, de défis sociétaux que l’école subit de manière massive, il y a un moment donné où il y a saturation dans le cerveau. Ce n’est pas que les équipes pédagogiques ne veulent pas changer ou ne veulent pas mettre en place de nouvelles choses. C’est qu’il y a saturation, et quand il y a saturation, il y a impossibilité pour le cerveau de libérer de la créativité, de la motivation, etc.
En montant le projet des ABS, mon intuition c’était “si on vient mettre de la ressource en plus dans les écoles, on va permettre d’aérer un peu le contexte, on va permettre de libérer du temps, d’aérer un peu leur journée, de dégager de l’espace mental auprès des équipes pédagogiques pour leur permettre de la créativité, de la motivation, de l’échange, de la rencontre et de s’engager sur certaines choses qui vont avoir un impact”.
C’est important de permettre aux écoles d’être un peu plus adaptables pour pouvoir faire face aux défis qu’elles rencontrent. Plutôt que d’assister au bateau qui coule à chaque fois qu’il y a un nouveau défi, soutenons les écoles, aidons-les à aller chercher et utiliser les ressources autour d’elles pour faire face aux défis qu’elles rencontrent.
Aujourd’hui, l’enseignement fait face à de nombreux défis. L’une des forces de votre projet, c’est que vous proposez une aide directe, concrète, au cœur des écoles et sur le long terme.
Lorsqu’un bénévole effectue une mission en classe, au-delà même du cœur de sa mission, pour le professeur, c’est une paire d’yeux et de bras en plus, et souvent, ça permet déjà de faire la différence. En fait, dans un contexte de réforme, de pression, de défis sociétaux que l’école subit de manière massive, il y a un moment donné où il y a saturation dans le cerveau. Ce n’est pas que les équipes pédagogiques ne veulent pas changer ou ne veulent pas mettre en place de nouvelles choses. C’est qu’il y a saturation, et quand il y a saturation, il y a impossibilité pour le cerveau de libérer de la créativité, de la motivation, etc.
En montant le projet des ABS, mon intuition c’était “si on vient mettre de la ressource en plus dans les écoles, on va permettre d’aérer un peu le contexte, on va permettre de libérer du temps, d’aérer un peu leur journée, de dégager de l’espace mental auprès des équipes pédagogiques pour leur permettre de la créativité, de la motivation, de l’échange, de la rencontre et de s’engager sur certaines choses qui vont avoir un impact”.
C’est important de permettre aux écoles d’être un peu plus adaptables pour pouvoir faire face aux défis qu’elles rencontrent. Plutôt que d’assister au bateau qui coule à chaque fois qu’il y a un nouveau défi, soutenons les écoles, aidons-les à aller chercher et utiliser les ressources autour d’elles pour faire face aux défis qu’elles rencontrent.
La présence de bénévoles dans les écoles, quelle différence ça fait pour les élèves ? Et pour les profs ?
Dans une classe, par exemple, le fait qu’il y ait une paire d’yeux et de bras en plus, ça permet à l’enseignant de mieux gérer la différenciation pédagogique et donc c’est bénéfique sur l’accompagnement scolaire des élèves, sur l’élève qui bénéficie du soutien du bénévole, mais également sur la dynamique de classe.
Pour les missions hors classe, c’est surtout un effet direct sur la gestion, l’environnement ou l’embellissement de l’école, des locaux ou de la cour de récréation. A noter que ça peut aussi directement bénéficier à des enseignants qui accomplissent bénévolement des tâches et qui, du coup, ne mettent pas leur énergie aux bons endroits pour pouvoir agir sur d’autres choses pour lesquelles ils sont encore plus efficaces. Dans tous les cas, leur implication bénéficie à tout le monde.
Quand on suit votre parcours et vos actions, on constate que la notion de “pérennité du bénévolat” au sein des écoles est très importante à vos yeux. Par rapport à cet aspect précis, quel bilan dresses-tu ?
Chez nous, les notions de pérennité et d’autonomie sont indissociables. Dans la pérennité, il y a vraiment quelque chose de culturel qui s’installe dans les écoles. Collaborer avec les bénévoles, des personnes extérieures à l’école qui n’ont pas forcément les mêmes ressources ou formations que les membres du personnel, ça peut être une ressource qui vient directement soutenir leur mission.
Quand on parle d’autonomie, c’est l’idée sous-jacente de ne plus être indispensable à l’école dans son recrutement et dans son encadrement de bénévoles. Et ça, c’est clairement notre ambition: s’assurer qu’un nombre maximum d’écoles puisse bénéficier de notre accompagnement pour que la collaboration soit institutionnalisée dans la culture de l’école et qu’elle soit mise en place de manière qualitative.
Que peut-on vous souhaiter pour cette année scolaire ?
Que notre ASBL garde l’énergie nécessaire pour pouvoir avoir un maximum d’impact, tant sur les écoles que sur la société en général.
Cette année est aussi synonyme de projets. Nous allons bientôt concrétiser un super chouette partenariat en Flandre avec TADA, un autre membre du réseau Be education. L’ASBL nous a contactées, car elle décline son programme d’école du samedi sur le temps scolaire dans une école à Leuven. L’équipe de TADA s’est rendue compte qu’il y avait des bénévoles qui étaient partants pour s’engager davantage, mais l’école d’accueil ne sait pas forcément les former. On a été sollicitées pour gérer cet aspect-là du projet, donc on va former et encadrer une école cette année en guise de test, mais l’ambition est d’embarquer avec eux dans plusieurs écoles.
Merci Guénola !
L'aventure est lancée, les Aidants Bénévoles Scolaires n'attendent que vous !
L’année passée, ce sont pas moins d’une centaine de bénévoles qui ont effectué régulièrement des missions auprès d’une septantaine d’écoles, soit un impact direct sur 5000 élèves et 200 enseignants. Pourtant, après avoir passé une heure en compagnie de Guénola, on réalise rapidement qu’au-delà de ces chiffres prometteurs, participer à l’aventure des ABS, c’est avant tout partir à la rencontre de l’autre, découvrir l’école autrement et rejoindre un projet porteur de sens.
Et parce que toutes les formes d’engagement sont précieuses, il est possible de participer à l’aventure des ABS tout au long de l’année pour des missions ponctuelles, régulières ou même lors de team building solidaires avec son équipe.

